L’appel du vide,
2010 - 2015

Le Sémaphore, ancien bâtiment de la Marine militaire, servait à surveiller la mer. Perché sur une falaise, il culmine à 75 mètres d'altitude. Désarmé en 1969 puis racheté par mon grand-père, il abrite désormais ma famille.

L’action des vagues au pied des falaises et les éboulements dûs à la décompression des calcaires - phénomène aussi connu sous le nom d’appel du vide - provoquent un fort recul du trait de côte. Ainsi, chaque année le terrain qui sépare la maison du vide s’amenuise.

Les personnes y résidant - ou de passage - font souvent ce même rêve : la falaise s’écroule jusqu’à ce que la maison soit au bord du précipice et bascule lentement dans l’abîme. Le paysage se défigure dans un grand cri. L’argile ocre dissoute coule en fins ruisseaux sur l’estran. L’eau bouillonne. La peau s’arrache et met à nu la fragile conscience.

On ressent alors « quelque chose d’analogue à la terreur d’un homme qui se sent tomber en dormant, en vertu d’une mémoire ancestrale remontant à la préhistoire, quand l’homme se réfugiait dans les arbres. »

Jack London, Quand dieu ricane.